«...Ni garçon, ni fille, j'aime aussi n'être ni grande ni petite, ma vie est simple, j'aime la nuit, j'aime les poires, j'aime faire des mines et sans prévenir brailler dans le noir mais la scabieuse est une fleur qui me ressemble et quand au printemps je suis triste de voir les amoureux , je mange mon accordéon. J'aime marcher dans les rues bien sales, j'ai peur quand des fois le vent fait cogner une branche à ma vitre, jamais je ne perdrai le goût de danser avec mon train, j'aime le sel et j'en abuse et s'il me vient l'envie de poser ma tête sur une épaule, je mange mon accordéon. Plus que tout j'aime les chansons, plus elles sont bêtes plus je les aime, j'ai peur des mauvais coups et des hommes qui ont trop bu, les chiens me font poiler, les gros et les petits, j'aime me gratter et ronger les croûtes de gruyère et les quignons grillés et si l'envie me prend d'appartenir à quelqu'un, je mange mon accordéon. Je souffre avec ceux qui souffrent mais pas trop longtemps, quand revient le froid je ne pense pas à me couvrir, j'aime boire du Cointreau dans des verres trop petits, je trouve le monde plus joli à travers un morceau de verre poli, et si un palefrenier m'invite à danser, je mange mon accordéon. Faire des ourlets m'empoisonne la vie, je peux trompetter dans un vieux tuyau tout une après-midi, je sais parler, je sais me taire, j'aime les bouquets qui n'en ont pas l'air et si Pierre me sourit, je mange mon accordéon. Ma vie est plus facile depuis qu'un grand chagrin a décidé de moi, s'il y a une joie ici-bas... je mange mon accordéon...»
Olivier Py, ext. de " La Nuit au Cirque"